Art contemporain = Art officiel
Patrick Burandelo <academisme@gmail.com>
L'art contemporain posé en tant qu'absence d’art impose par défaut d'interroger notre nature sur le plan des besoins d'imitation de modèles qui élèvent et donnent du sens à l'existence et à toute civilisation. Quand l'objet de l'étude se dérobe, il ne reste plus qu’à étudier introspectivement ce qu'attend le sujet de cette institution vacante. Osons dire que c'est bien là une tentative de poser une anthropologie de l'art. De la même façon qu'une zone cérébrale blessée révèle sa fonction par son absence.
Ce livre répond à la question : l'art contemporain est-il un art officiel sur le plan psychologique et symbolique et non seulement institutionnel ? Cette absence produit autant d'effet qu'une idéologie. La négation de l'art est une idéologie de fait, non formulée, mais redoutable en termes de confusion cognitive. Telle est la thèse originale du livre.
Une autre idée neuve et jamais conçue est de poser un sujet général à l’art dit primitif inventeur de l’abstraction. On ne peut pas dire de cette abstraction qu’elle est vide de sens ou décorative car il s’agit de manifester la présence, l’esprit. Tel est le thème général de l’art dit primitif selon cette thèse toute simple et pourtant jamais dite.
Solidement argumentée, elle finit symboliquement et définitivement de faire sortir l’art dit primitif de la catégorie scientifique "ethnographie" du musée de l'homme ou des colonies Porte Dorée pour le musée de l’universel de l’art qui ne saurait se passer d’un sujet en tant que tel. C’est bien là une approche authentiquement décolonialiste de déconstruction positive.
Son sujet transcendant de la présence, à défaut de traces écrites, fait entrer l’art dit primitif ou premier, en bonne place dans l’histoire de l’art et des civilisations et la mise en perspective finit de faire entrer l'art conceptuel froid et vide dans les poubelles de l'histoire de l'art.
https://www.amazon.fr/dp/2487855029
La Commission nationale des sanctions reproche à la galerie Maeght huit manquements à ses obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux.
Par Jean-Christophe Castelain
Le Journal des Arts, 15 juin 2026
Paris. La Commission nationale des sanctions (CNS) a prononcé, le 21 janvier, une série de sanctions à l’encontre de la Galerie Maeght, sa directrice générale, Isabelle Maeght, et son directeur général délégué, Julien Maeght, à l’issue d’une procédure engagée après un contrôle de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières.
La société écope d’une amende de 100 000 euros assortie d’une interdiction d’exercer l’activité de commerce d’œuvres d’art pendant un an avec sursis. Isabelle Maeght est condamnée à une amende de 10 000 euros et à une interdiction d’exercer d’un an avec sursis, tandis que Julien Maeght se voit infliger une amende de 5 000 euros et une interdiction d’exercer de six mois avec sursis. La décision a été publiée de manière nominative sur le site de la CNS.
La sanction trouve son origine dans un contrôle réalisé en janvier 2024 dans les locaux de la galerie de la rue du Bac (Paris-7e). Celui-ci faisait suite à un premier contrôle mené en septembre 2020, qui s’était conclu déjà par une injonction de mise en conformité adressée à la société. Selon la CNS, la galerie n’avait entrepris aucune démarche sérieuse pour se conformer à ses obligations plus de trois ans après cette première alerte.
La décision retient huit griefs relevant de la législation relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, à laquelle sont soumis les marchands d’art lorsque le montant d’une transaction atteint ou dépasse 10 000 euros. Outre l’absence d’une véritable cartographie des risques, la CNS relève des défaillances systématiques dans l’identification des clients. Sur les 22 dossiers de vente examinés, tous portant sur des montants supérieurs à 10 000 euros, aucun ne contenait les pièces permettant de vérifier l’identité des acheteurs ni d’informations sur les bénéficiaires effectifs.
Les enquêteurs ont également constaté l’absence d’informations sur l’origine des fonds, notamment dans la vente d’une œuvre de 700 000 euros à un acheteur qui avait été condamné pénalement à deux reprises pour recel d’œuvres volées. Aucun signalement à Tracfin n’avait été effectué.
Dans sa motivation, la commission insiste sur le caractère aggravant du dossier : malgré le contrôle de 2020 et l’injonction reçue en janvier 2021, la galerie avait continué à exercer sans mettre en place les procédures les plus élémentaires. Les efforts de mise en conformité invoqués par les dirigeants n’ont été engagés qu’après la notification des griefs en 2025.
Spécialiste du marché de l’art et de la propriété intellectuelle, Maître de Baecque, du cabinet De Baecque Bellec explique en quoi la décision de la Commission nationale des sanctions marque une nouvelle étape pour le marché de l’art.
Le service de renseignement financier de Bercy Tracfin a été créé en 1990 pour les marchés financiers, et son extension au marché de l’art ainsi que la création de la Commission des sanctions datent de 2009 ; les autorités de contrôle ont multiplié les rapports estimant que le marché de l’art ne satisfaisait pas à ses obligations. Après ces avertissements sans frais, nous assistons à une évolution logique : on passe de l’observation générale soulignant un manque de diligence à la sanction effective.
La sanction financière contre Maeght est très lourde, car elle représente environ un tiers, voire la moitié de leurs bénéfices annuels. Au-delà du montant, elle est symboliquement forte par sa publicité. La sévérité s’explique par une multiplicité de négligences et une forme de répétition, la galerie n’ayant pas tenu compte des demandes de mise en conformité formulées par les autorités à la suite d’un précédent contrôle.
Juridiquement, la commission ne hiérarchise pas les griefs, mais, à la lecture de la décision, deux fautes sont frappantes. Une transaction de plus de 100 000 euros, où un acheteur turc a utilisé une société spécialisée dans les poudres de revêtement de sol, sans aucun lien avec l’art ; selon la décision, il s’agissait manifestement d’un montage, qui aurait dû conduire à un examen renforcé. Par ailleurs, pour une autre transaction, à 700 000 euros, une simple vérification en sources ouvertes aurait permis de voir que l’acheteur réel avait été condamné pénalement.
Un document impose aux professionnels une forme d’introspection sur leurs propres risques. Il s’agit d’anticiper les dangers selon la spécificité de leur activité : par exemple, une galerie internationale est plus exposée aux paradis fiscaux qu’une structure purement locale.
Un professionnel doit respecter et établir une cartographie des risques ; identifier et vérifier l’identité des clients et des bénéficiaires effectifs ; conserver les documents pendant cinq ans ; en cas de soupçon, s’abstenir de réaliser l’opération, enfin, faire une déclaration à Tracfin.
Beaucoup d’informations sont disponibles sur Internet en sources ouvertes, comme sur les bases de données. Pour le reste, comme pour la demande de la pièce d’identité et du RIB, cela recoupe des obligations déjà existantes telles celles du livre de police.
C’est un signal fort envoyé au marché. La décision montre qu’il est désormais impératif de satisfaire aux exigences de lutte contre le blanchiment sous peine de sanctions lourdes. Est-il légal de facturer la vente d’une œuvre à un client via une structure située dans un paradis fiscal ?
Beaucoup de grands collectionneurs utilisent des trusts ou des structures situées en Suisse ou dans les îles Anglo-Normandes, par exemple. La difficulté pour le professionnel de l’art est d’identifier le bénéficiaire effectif et de s’assurer que toute la chaîne de l’opération est cohérente et retraçable.
Il s’agit de problèmes de fiscalité. Cependant, les instances officielles (Tracfin, Gafi, Douanes) considèrent le marché comme vulnérable en raison de l’internationalisation des flux, de l’intervention d’intermédiaires, de la subjectivité de la valeur des œuvres et d’une culture de la confidentialité.
Le Fonds monétaire international estime que le blanchiment représente 10 % du marché de l’art.